Rengim Mutevellioglu

Date de Publication: 4 mars 2010

Rengim Mutevellioglu

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis une photographe turque, née en 1991 en Russie. Après avoir obtenu mon bac au Lycée Charles de Gaulle à Ankara, je suis devenue étudiante en licence d'arts plastiques à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne. J’aime les chats, Istanbul et le miel.

Depuis quand pratiquez-vous la photographie ?

Depuis l'âge de 11 ans, donc depuis 7 ans.

Avez-vous une anecdote concernant vos débuts dans la photo ?

J’ai commencé la photographie en défiant l’habitude favorite de mon père, celle des albums familiaux. J’en avais marre d'avoir mon visage et celui de ma mère comme seuls souvenirs des lieux que nous avions visités. Ayant personnellement une mauvaise mémoire et étant déjà assez intéressée par l’art visuel, la photographie m'est apparue comme la meilleure manière de sauvegarder la mémoire des lieux.

Rengim Mutevellioglu

Comment avez-vous découvert la photographie ?

De mon père, j’ai hérité la curiosité et l'envie d’apprendre les choses. La photographie a été mon projet le plus long et le plus complexe, celui qui, encore aujourd'hui, alimente mon insatiable besoin d'apprendre et de toujours en découvrir plus. C’est à 11 ans que j’ai pour la première fois pris en main l’appareil de mon père : un des premiers Coolpix de Nikon. Ensuite, tout au long de mes trois années passées à New-York, je me suis enfermée dans les rayons d’art et de photographie de Barne and Nobles.

Avec quel type de matériel avez-vous débuté ?

Nikon Coolpix avant de retrouver l’ancien Canon A-1 de mon père.

Quelques anecdotes sur les étapes de votre apprentissage ?

J’ai passé des années plutôt malheureuses à New York. Une ville où les librairies furent pour moi un vrai refuge, mais aussi et surtout la source de mon développement artistique, autant que celle de mon apprentissage en photographie. Un ou deux ans plus tard, mon père m'a présentée à Ismail Cem, un ancien ministre du gouvernement turque qui montrait un grand intérêt pour la photographie. Après avoir fortement insisté sur le fait que je devais continuer à développer mon talent, il m'a donné des conseils qui, encore aujourd'hui, me servent de fil conducteur dans mes périodes de découragement.

Rengim Mutevellioglu

Si vous citez un photographe qui vous inspire particulièrement, qui serait-il ?

Oh! Je ne pense pas ça possible. Mes goûts changent chaque année. Et le photographe qui m’inspire maintenant ne sera probablement pas celui qui m’inspirera encore dans quelque mois. Mais ces jours-ci, je m'intéresse aux œuvres de Yagiz Yilmaz et de Engin Guneysu.

Avec quel matériel travaillez vous ?

Nikon D200 et Yashica FX-103

Quel(s) type(s) de photos réalisez-vous ? Une raison particulière à cela ?

Redoutant d'être catalogué « kitsch », j'avoue que je déteste définir les choses et plus encore ce que je fais. Je travaille avec l’homme, parce que je me reflète plus facilement et fortement chez lui, c'est aussi simple que ça.

Rengim Mutevellioglu

Vos photographies sont très poétiques, selon moi très littéraires. Pouvez vous nous raconter quels sont vos méthodes de travail? Quels sont vos sources d’inspirations?

J’aime bien penser que j'entretiens une connexion très forte avec mes modèles, qu’ils sont mes véritables inspirations. Même si il s'agit d'un inconnu croisé dans la rue, j’imagine une personnalité et une histoire qui lui conviendraient et qui pourraient ressortir de l’image à travers mes yeux. Ainsi, j’essaye de donner ma propre interprétation des personnes que je croise. C'est la personnalité des gens que je connais qui me guident dans la création de la photo. Je pourrais tout simplement dire que ce sont eux qui m’inspirent et me poussent vers la création artistique. Étant par ailleurs une lectrice assidue et avide, chaque livre me pousse lui aussi vers la photographie. Même si ce n'est pas toujours évident, les photos facilitent mon passage de la lecture à la vie réelle. C'est souvent le cas après une très bonne lecture. Bien sûr, les photos définitives n'ont en général rien à avoir avec le même livre, mais bien plus avec le(s) sentiment(s) que j'ai éprouvé(s) dans ma lecture.

Rengim Mutevellioglu, A brothel mama in Turkey, 2010

Quels sont vos liens avec la peinture?

J’ai été exposée très jeune à la peinture. Petite, je passais mon temps à peindre et, à la différence d'autres enfants de mon âge, j’adorais visiter les musées. La peinture est une passion cachée à laquelle je m'adonne et me suis toujours adonnée, même après avoir commencé la photographie. Bien évidemment, comme je pratique aujourd’hui, je ne pourrais plus dire qu'elle reste une passion cachée. Elle constitue pour moi une libération construite à partir des images dans ma tête et du mouvement de mes mains. Je ne fais pas de la photographie pour remplacer la peinture. C’est en faisant de la photographie que je comprends la vraie valeur des matériaux utilisés et le travail sensuel des arts appliqués.

L’emploi de Diptyque est-il un moyen de créer des fictions ?

Les diptyques m'offrent une certaine liberté dans la composition de mes travaux. Il me semble que certaines photos n’existent que pour s’accoupler à d’autres et ainsi produire une nouvelle photographie en diptyque. Elles brisent les limites du cadre et ainsi celles du monde figé dans un cliché, débordant dans celui de l’imagination. J’aime penser que des diptyques, composés de manière inhabituelle, stimulent l'imagination et bouleversent les pensées du spectateur, l'incitant alors à acquérir une réflexion nouvelle, et j’espère complexe, de l’œuvre.

Rengim Mutevellioglu, Marine hunting for mussels in the Marmara Seam 2008

Pourriez-vous raconter votre Modus-Operandi? (temps-espace-voyage)

Je sors mon appareil, je prends la photo, je crée la photo.

Appliquez-vous un ou des traitements à vos photos ? Si oui, lesquels ? Qu’apportent d’après vous ces traitements ?

Je fais des traitements mais uniquement pour aboutir à ma vision personnelle de l’image, et non pour le potentiel technique de l'appareil. Ce n'est pas l’appareil qui fait le travail, c’est moi.

Rengim Mutevellioglu

Comment définiriez-vous votre travail ?

Ça fait un bon moment que je fais de la photo mais il me reste toujours un tas de chose à améliorer, me semble-t-il. J’ai encore un grand cheminement à faire avant de parvenir à réaliser la photo singulière qui me plaira. À mes yeux, tout-ce que je fais aujourd'hui reste encore faible. Mais bon, je crée par nécessité et non par souci esthétique. Même si le résultat final ne me plaît pas, je continue toujours à photographier.

Que pensez-vous de la photographie aujourd’hui ? (nouvelles technologies, tendances, démocratisation de la photo etc.)

Tout ce qui se fait actuellement dans la photographie ne me plaît pas forcément. Mais tout ce qui a été produit dans l’art il y a plusieurs siècles ne me plaît pas toujours non plus. La photographie et de manière générale l’art, se diffusent largement. Ceux qui ne pouvaient y accéder auparavant ont maintenant la chance de voir s'ouvrir à eux un nouveau monde culturel. Un monde peuplé de nouveaux talents, plus faciles à découvrir, sans trop se perdre dans les méandres de la vie quotidienne. Je trouve cela fabuleux et j’essaye moi-même de diffuser la photographie de la manière la plus large possible.

Si vous deviez choisir un seul de vos clichés, lequel serait-il ? Pourquoi ?

Toutes les photos qui ont une valeur sentimentale me sont chères, comme par exemple ma série sur la Géorgie.

Rengim Mutevellioglu

Qu’aimez-vous dans la photographie ?

Je vis pour et par la photographie. Ce n’est pas seulement une simple combinaison de plaisirs. Elle est devenue une raison d’être, elle répond à une profonde nécessité de m’exprimer. Ce besoin de photographier me dépasse, et si je n’utilise pas mon appareil pendant un certain temps, je me plonge dans une profonde tristesse et m’éloigne du monde extérieur comme des gens. En fait, je crois que la photographie correspond pleinement à ma manière personnelle d’entretenir une relation avec la vie réelle. Je respire par la photographie. Je pourrais même dire que j'existe grâce à la photographie. Ce que j'ai découvert dans la photographie, c’est la joie de vivre.

Avez-vous des projets ou des idées dans ce domaine ?

J’ai quelques projets qui me tiennent à cœur et sur lesquels je travaille en permanence. Ces projets sont si ambitieux que parfois je doute qu'ils se réalisent un jour. C’est pour cette raison que je préfère travailler spontanément, c'est-à-dire développer mes idées en temps réel lors de la création même. Sinon je me perds dans la conception au point d'oublier la réalisation.

Rengim Mutevellioglu, Baby’s father being immersed during baptism in Georgia, 2006

Rengim Mutevellioglu

Article par Tania Koller

Correspondances:

Bruno Boudjelal
Brodbeck & de Barbuat