Brodbeck & de Barbuat

Tout le monde a déjà vu au moins une de leurs images. Ils sont dans tous les magazines, et pour cause, ils viennent de remporter le Prix HSBC de la Photographie 2010.

Leurs images sont comme des instantanés d’un film qui se serait arrêté ; ce film qui pourrait bien être le film de la vie, ce temps qui court toujours et qui apparaît ici au ralenti. On est invité à y rester, à se laisser emporter par le flot de notre imagination, à partir d’images banales, ou du moins ordinaires, quotidiennes.



De la rêverie au quotidien

Grâce à cet angle de vue sur la scène, ayant le pouvoir de voir sans être vu, on est ce troisième œil. Alors, on se rend compte que ce « rien à voir » était plus riche que l’on espérait. Il nous vient en tête, les travaux de Georges Perec sur le banal et l’extraordinaire, son travail sur le quotidien, le recours à l’observation et à l’autobiographie ainsi que le goût des histoires. Peut-être une clef de plus pour comprendre « ses espèces d’espaces » fort en proposition, c’est sûr. Des fictions données. Novalis disait : « Le monde doit être romantisé. Ainsi on retrouvera le sens originel. [...] Quand je donne aux choses communes un sens auguste, aux réalités habituelles un sens mystérieux, à ce qui est connu la dignité de l’inconnu, au fini un air, un reflet, un éclat d’infini : je les romantise ». Cela correspond tout à fait à leur travail « romantique » dans le sens de cette définition de donner aux choses quotidiennes un aspect nouveau, inconnu.


Sur cette photo (ci-dessus), chaque objet est soigné. Elle pourrait être le début d’un script, une machine à écrire ou à décrire. On ne peut se lasser d’une telle image évoquant des natures mortes, ou l’œuvre de l’artiste Daniel Spoerri, célèbre pour ses tableaux-pièges : des reliefs de repas collés sur la table même et présentés au mur comme des tableaux.

La légèreté et la pesanteur ou « L’insoutenable légèreté de l’être »

En regardant de plus près, on se rend compte de la dualité de ces images. Dans un premier temps, elles nous paraissent être comme des bulles de savon: légères, enveloppantes et volantes. Puis on y voit un monde clos, puissant et pesant où l’homme se trouve seul, exposé à son environnement, responsable de sa vie et de ses choix. Alors on bascule d’une impression à l’autre sans jamais pouvoir trancher.

Le titre « L’insoutenable légèreté de l’être » du fameux roman de Milan kundera pourrait illustrer leur travail. Il y a ce mélange de sensation, d’être en apesanteur, puis ce sentiment de pesanteur à nouveau qui nous envahit. Il y a ce paradoxe, ce jeu permanent sur la gravité. Ce terme « apesanteur » était le terme fort pour désigner, cet état d’absence, d’où les personnages semblent évoluer ; tantôt perdus, tantôt faisant face au monde qui les entoure.

On comprend pourquoi en ce moment, ils sont chéris des médias et des plus grands prix de photographie. Leur œuvre est déjà très mature. On ne manquera pas de les suivre de près. On espère continuer à être aussi étonnés. Oui , on aime et ça se voit !


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Tania Koller

Correspondances:

Mathieu Bernard-Reymond
De l’air, le magazine qui donne à voir