Jane Heller


Tombés sous le charme de ses images sensibles et graphiques de symboles de Montréal, nous avons cherché à en savoir plus sur Jane Heller, photographe canadienne. C’est ainsi que nous avons découvert l’univers photographique de cette artiste au regard singulier, qui, avec un grande maîtrise technique et sens certain de la composition, laisse les sentiments prendre le dessus.

Qui êtes-vous?

Je m’appelle Jane Heller, je suis photographe free-lance et je vis à Montréal.

Comment êtes-vous devenue photographe ?

J’ai travaillé comme directrice artistique pendant de nombreuses années, puis j’ai réalisé que je n’étais pas très heureuse de faire ce que je faisais. La photographie a toujours été ma passion, donc je me suis jetée à l’eau et je suis retournée à l’école pour étudier la photographie commerciale en 2000. Depuis je travaille à plein temps comme photographe free-lance. Curieusement, mon style se rapproche plus de l’édition que de la publicité.

J’ai lu que vous étiez designer graphique auparavant, qu’est-ce que cela apporte dans votre pratique de photographe ?

En tant que graphiste, on apprend à exprimer visuellement une idée de la façon la plus simple possible pour avoir le plus grand impact. Cette pratique a complètement inspiré la manière dont je vois et photographie le monde autour de moi.

Que cherchez-vous à transmettre dans vos photos ?

Je veux que les gens ressentent quelque chose quand ils regardent mon travail. Je ne veux pas juste faire de belles images.


Quels sont les photographes qui vous ont influencé ? Ceux qui vous inspirent ?

Marry Ellen Mark, Sally Mann, Larry Towell… Mon dieu, la liste est longue. Les gens sont devenus tellement accessibles avec internet que je découvre de nouvelles inspirations tous les jours.

Avec quel matériel travaillez-vous ?

Je possède un Canon 5D Mark II 24-70mm lens 50mm 1.2 lens.

Vous avez reçu un prix (PDN Photography Annual 2006) pour la série «No man’s land», photographies d’un aéroport à l’abandon à Chypre. Qu’est-ce qui a donné naissance à ce reportage ?

Parfois, les opportunités se présentent toutes seules à nous… J’aimerais pouvoir dire que j’ai passé des mois à faire des recherches sur ce projet et à essayer d’obtenir l’autorisation pour avoir accès à cette base des Nations Unies, où se situe l’aéroport abandonné, mais l’histoire beaucoup plus simple que cela. Je rendais visite à une amie qui travaillait pour les Nations Unies, à Chypre. Son patron apprit que j’étais photographe et insista pour m’emmener voir l’aéroport, qui se situe dans la « zone verte » sous contrôle onusien. J’eus une heure pour prendre mes photos. C’est un cadeau que l’on m’a fait!


J’aime particulièrement les séries « Pat » et « Binks », pouvez-vous en parler ?

Le projet a démarré avec Pat. Pat est une amie de la mère d’une amie. Je la rencontrais chaque année au moment des fêtes de Noël. Une femme très chrétienne, avec un sens de l’humour excentrique. On m’avait dit qu’elle avait une chambre à coucher rose. Cela m’intriguait et un jour, je lui ai demandé de la photographier. Au départ, ce devait être un simple portrait mais au final, je suis restée quatre heures chez elle, à tout photographier, depuis sa salle de bains jusqu’à ses chaussures dans le placard. Pendant ces quatre heures, elle s’est confiée à moi et m’a raconté son étonnante vie. J’ai pris Pat en photo un an avant qu’elle ne vende presque tous ses biens et parte s’installer avec sa cousine dans une autre province, à l’âge de 87 ans. Cette expérience m’a inspirée pour créer une prochaine série : capturer ce moment fragile de la vie de gens de plus 80 ans. J’aimerais les montrer dans toute leur gloire au milieu des objets qui leur sont chers. En ce faisant, les aider à raconter leur(s) histoire(s).

Qu’est-ce que vous aimeriez photographier par dessus tout ?

Je suis allé en Inde en 2002 pour y réaliser mon portfolio de diplôme. Mon rêve est d’y emmener ma fille et, 10 années àprès, de photographier les gens et la culture de l’inde.

Quelles seront vos prochaines aventures photographiques ?

Mon prochain projet aura pour objet la natation synchronisée! Soyez à l’affût… Je travaille aussi à un projet sur la relation mère-fille, avec ses tensions classiques. Sur ma mère et moi.

Fleur Jouas


Correspondances:

Kimiko Yoshida
Brodbeck & de Barbuat