Gérard Uféras

Le 23 septembre dernier s’est tenue à l’atelier Richelieu dans le 2nd arrondissement une exposition photographique couplée à la présentation de l’ouvrage « Quelque chose en eux ». Vingt et un portraits réalisés par le photographe Gérard UFERAS étaient présentés.

L’objectif de cette exposition était d’informer le public sur une maladie encore peu connue le GIST : tumeurs stromales gastro-intestinales (GastroIntestinal Stromal Tumor ).

Nous avons rencontré pour vous Gérard UFERAS, qui s’est prêté au jeu des questions / réponses.

Comment en êtes vous venu à faire des photos pour l’association « Ensemble contre le GIST » ? Qu’est ce qui vous a poussé à faire l’exposition ?

En fait, pour moi, la demande est venue d’un ami Jean-Yves VERDU qui était en charge de tout l’aspect visuel de l’aventure et qui m’a demandé si je voulais y participer. Jean Yves VERDU a fait la mise en page du livre.

Connaissiez-vous cette maladie auparavant ?

Non, je ne savais absolument pas ce qu’était le GIST. Il est vrai que c’est une maladie orpheline qui est rare sauf à y avoir été déjà confronté. Je n’avais par ailleurs jamais travaillé sur le cancer, même si malheureusement comme tout le monde, il y a des gens autour de moi qui ont un cancer qui luttent ou qui en sont morts … mon père est mort d’un cancer du cerveau.

Comment avez-vous appréhendé ce reportage ? Comment vous-êtes vous préparé ?

C’est vrai qu’il n’a pas été évident de décider de le faire. Je me suis demandé comment j’allais faire quand j’allais me retrouver face à ces gens atteints de cette maladie. C’est difficile quand on se projette, on se demande si on va avoir la bonne attitude, mais aussi qu’est ce qu’est la bonne attitude ?
Dans nos sociétés on parle beaucoup du cancer, mais on n’est pas habitué à s’y confronter, on est souvent démuni.
Il n’était donc pas évident de dire oui, mais j’ai trouvé que l’idée était intéressante et très belle.

Pour le 1er portrait j’y suis allé un peu inquiet, mais aussi un peu curieux … enfin je n’étais pas forcément très à l’aise avant la première rencontre. Et en fait cela a été une rencontre extraordinaire, même si ce qui est dommage, c’est que ce premier portrait ne figure pas dans le livre « Quelque chose en eux ». Il s’agissait d’une jeune femme de 34/35 ans avec un enfant et la rencontre a été absolument merveilleuse, l’enfant était là et c’était un vrai rayon de soleil. Dans un moment où la maladie et l’éventualité de la mort sont évoquées, voir ce gamin qui était là, plein de vie, c’était extraordinaire ! Cela a complètement balayé mes inquiétudes !


Face aux personnes photographiées qu’elle a été votre approche ?

En fait ce à quoi je tenais absolument, c’était de montrer un respect absolu à la personne que j’allais photographier. Mais de toute façon dans tous les portraits que je fais et d’une manière plus large dans tous les travaux que je conduis, avoir du respect pour l’autre est extrêmement important … et ce n’est pas toujours le cas dans le monde de la photo.

Et finalement ce qui m’est apparu très vite c’est qu’en fait ce sont les personnes qui sont confrontées à la maladie qui ont une attitude positive. Même si elles ont des périodes de faiblesse, de doute ou de découragement, elles ont une vraie capacité à se reprendre, à lutter. Ces rencontres sont de véritables hymnes à la vie.

Est-ce que c’était la première fois que vous travaillez à deux ?

Comme je travaille avec des journalistes il m’arrive d’assister aux interviews et dans le cas présent les textes étaient à la charge de Christophe RENAULT. Il n’était pas là pour le 1er portrait mais par la suite j’ai assisté et participé aux entretiens. Il n’y avait rien de formel. On ne s’est pas posé en disant lui il est journaliste et moi photographe. On est venu en se disant qu’on allait faire une rencontre. Ce qui primait avant tout pour lui comme pour moi, était le rapport humain.

Cela a été extrêmement enrichissant. Si j’avais fait les portraits sans lui, il y a plein de choses qui m’auraient échappé.

Comment se déroulaient les séances photographiques ?

En fait, on photographie avec ce que l’on est, selon le rapport que l’on a aux gens et on photographie aussi dans un lieu que l’on choisit. Pour ces portraits il s’agissait soit de les photographier dans leur environnement personnel, soit dans un lieu en rapport avec leur passion. J’ai photographié un type dont la passion était la course à pied. Au départ on est allé dans un café, et comme son truc pour tenir dans la vie c’est vraiment de courir, je lui ai proposé de le photographier dans un endroit où il aimait courir.


Est-ce que vous avez fait des rencontres plus difficiles que d’autres ?

Il y a des personnalités qui ont été extrêmement attachantes, mais toutes les rencontres ont été intéressantes. Nous nous sommes par exemple retrouvés face à quelqu’un qui ne voulait parler uniquement que de la maladie ne rien révéler qui lui soit personnel.

Toutes les personnes interrogées font partie de l’association « Ensemble contre le GIST ». Lui a voulu participer au projet car il pensait que cela pouvait faire avancer la connaissance de la maladie, il a donc participé au projet, mais il ne voulait rien dire qui lui soit personnel. Pour réaliser ce portrait qui révélait peu de chose de l’homme, on a pris le parti de s’appuyer sur ce refus et de le réaliser sur le mode de l’humour, car finalement on sentait bien que cela le gênait presque cette décision de ne pas se confier plus.

En les écoutant, on comprend que les personnes que nous avons rencontrées ne parlent pas ou peu de leur maladie. Elles n’en parlent pas dans leur milieu professionnel et dans la mesure ou cela représente une souffrance pour leurs proches, elles en parlent peu pour ne pas les ennuyer. Ces gens ont accepté de se livrer, de s’ouvrir à nous. Ils nous ont raconté des choses très intimes, très personnelles. C’était des moments très forts.

Qu’est ce que cette expérience vous a apporté ?

Sur le moment on se dit que face à ces témoignages on devrait vraiment relativiser les petits soucis quotidiens. Et en même temps on a conscience qu’on ne s’impose pas cette conduite tous les jours.

Ces personnes se retrouvent après des opérations invalidantes, voire très invalidantes au quotidien mais, elles continuent à avoir de l’humour, à garder de l’espoir. Ces rencontres ont été de véritables leçons de vie.


Et du coup, à travers vos photos qu’est ce que vous souhaitiez transmettre ?

Qu’est ce qu’on veut transmettre …. (blanc), on veut transmettre un peu de la personne.

Dans l’introduction du bouquin j’ai écrit « quand je fais un portrait, il faut toujours un certain temps pour que s’installe la confiance qui va permettre que je connaisse un peu mieux mon interlocuteur et ainsi me donner la chance d’approcher la vérité d’une personne, car c’est cette vérité qui doit habiter ce que je nomme un bon portrait. Bien sur je n’ai pas la prétention d’aller plus loin que l’évocation, mais celle-ci doit être unique, coller à la peau de la personne et de notre rencontre. ».

Je crois que je ne peux pas mieux le dire que ça (rires). En fait, quand on fait un portrait c’est extrêmement difficile, qu’est ce qui reste de la personne dans un portrait ? Il faut qu’il y ait vraiment quelque chose de la vérité profonde de la personne. Mais on ne peut pas être exhaustif car chaque personne est multiple.

En fait à chaque fois que je termine un travail, je me demande toujours quel regard les gens que j’ai photographiés vont porter sur leurs photos et s’ils vont s’y reconnaître.

Je suis toujours très curieux de savoir comment les gens que j’ai photographiés reçoivent mon travail. C’est le cas par exemple pour les photographies réalisées sur le personnel de l’opéra ou les créateurs de mode. Je me demande comment ils ont perçu ma vision de leur univers, de leur passion.

Et concernant l’exposition pour le GIST, avez-vous eu des retours ?

Oui, des retours très positifs. Les gens étaient très émus.

D’une manière générale que vous apporte la photographie ? Et pourquoi avoir choisi ce métier ?

La photo que je pratique est une façon d’aller vers le monde, de découvrir le monde. C’est une rencontre entre le monde et ma sensibilité. Elle me permet d’exprimer mes émotions.


Mais c’est aussi une aventure visuelle. J’aime l’art, et pour moi arriver dans une situation en mouvement, dans laquelle il se passe une multitude de choses et arriver à traduire l’émotion que l’on ressent, c’est aussi une façon de comprendre le monde. On traduit une émotion. On formule une certaine compréhension du monde dans un espace graphique qui obéit à des règles, des forces formelles, puissantes, c’est formidable. C’est vraiment intéressant de réussir retranscrire des évènements dans un espace en 2 dimensions. J’aime quand mes images racontent des histoires.

En tout cas, je ne peux pas vivre sans art, sans musique, sans art visuel … La photo que je pratique répond à ce besoin. C’est une grande aventure artistique, dont j’ai besoin pour vivre.

C’est ce qui vous a amené au métier de photographe ?

En fait mon père avait beaucoup d’appareils photo, mais n’en faisait pas beaucoup. C’est moi qui faisais les photos. J’ai fait des photos très jeune vers 9/10 ans. J’ai également fait beaucoup de photo avant de devenir photographe professionnel à 28 ans.

Quel matériel utilisez-vous ?

J’utilise un Canon EOS 5 MarK II.

Où pourra t-on voir l’exposition pour le GIST ?

Elle sera présentée à partir de l’année prochaine dans des centres anticancéreux. Je pense que vous pourrez trouver tous les renseignements sur le site internethttp://www.ensemblecontrelegist.com/index.php.

Nous remercions sincèrement Gérard UFERAS pour le temps qu’il nous à accordé et nous lui souhaitons la plus grande réussite dans ses projets à venir.


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Fanny Leloup

Correspondances:

Dave Jordano
Jean-Marie Cras