Sherif Elhage

Date de Publication: 2 décembre 2010

Sherif Elhage, Black

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Né à Leningrad d’une mère Russe-Estonienne et d’un père Libanais, j'ai aujourd'hui 30 ans et suis français…

Avez-vous une anecdote concernant vos débuts dans la photo ?

Je voulais être peintre, mais à l'époque mon appartement était très petit. Et puis un jour, une personne a oublié son appareil photo chez moi. Alors j’ai joué avec et je me suis dit que la photo était plus simple que la peinture… Enfin, je croyais…

Comment avez-vous découvert la photographie ?

Tout seul, depuis 2005, je passais un temps fou dans les bibliothèques et librairies à dévorer des ouvrages sur la photographie et la peinture. J’achetais beaucoup de livres et allais à de nombreuses expositions où j’ai beaucoup appris… Et internet, bien sûr.

Avec quel type de matériel avez-vous débuté ?

Un Sony DSC F828 que mon père m’a offert… et que je garde précieusement : un bridge très polyvalent, je dormais avec, tellement j’expérimentais des choses.

Quelques anecdotes sur les étapes de votre apprentissage ?

J’avais une folle tendance à surexposer mes photos. Lors d'un stage dans une agence parisienne, j’avais réalisé pour un client prestigieux une série totalement surexposée, ce qui a fortement déplu à mon employeur, mais enchanté le client qui a validé la commande sans passer par l’agence … l’employeur l’a appris et j’ai été viré.

Sherif Elhage, Black

Sherif Elhage, Black

Si vous citez un photographe qui vous inspire particulièrement, qui serait-il ?

Il y en a beaucoup… tellement; mais je pense qu’Edward Weston au début du 20ème siècle a ouvert la porte de la modernité visuelle pour beaucoup de photographes... Un vrai héros, unique en son genre, je l’admire infiniment. Il savait tout faire : paysages, natures mortes, nus et portraits. Il n’avait pas besoin d'applaudissements, il travaillait seul sur la côte ouest des USA, pendant que beaucoup d’artistes branchés restaient à New York. Il était indépendant, passionné et obsessionnel. Sans obsession, on ne fait pas grand-chose… J’aime beaucoup aussi Harry Callahan, discret et infiniment créatif.

Quel appareil utilisez-vous aujourd’hui ?

Le matériel n’a aucune importance pour moi, je ne suis pas un fétichiste de l’appareil photo, d'autant que je maltraite vraiment mes appareils… à part mon premier. Mais je fais attention à mes yeux et mon index droit.

Quel(s) type(s) de photos réalisez-vous ?

Tout est photographique pour moi, je travaille beaucoup les paysages, les mouvements, les détails et la photo de nuit qui me fascine. Je reste des nuits entières dehors à photographier en pose longue, les possibilités sont infinies et j’ai plein d’idées, mais cela prend énormément de temps et il y a beaucoup de contraintes, comme le froid, la pluie, les curieux et même la police; pour beaucoup de gens, un mec dehors à 4 heures du mat' et qui fait des photos avec un trépied, c'est forcément un type bizarre... Je fais aussi des portraits et pas mal de nus, mais je ne les montre à personne... J’attends le bon moment, un jour, on verra...

Pourquoi les paysages ? Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce type de photo ? Lorsque vous vous « baladez », pour faire des photos de paysages, que ressentez-vous ?

Le paysage est assez vaste comme définition et ça me plait; une porte fermée est un paysage, comme un gros plan sur une partie de corps humain, ou encore la photo d’une plage. Je suis plutôt attiré par la photo personnelle et libre. Travailler sans contrainte et sans savoir, raconter quelque chose de précis, le plaisir de la photo pour la photo, mais avec une grande rigueur, et sans être naïf ou sentimental, je reviens toujours à Harry Callahan…
Je ne me balade jamais avec l’appareil en bandoulière, je l’ai toujours à la main. Mes sentiments personnels, comme mes états d’âmes, non rien à voir avec ma photo. Les émotions dans la photographie, c’est moche et ridicule, il faut autre chose…Quelque chose au delà de ça, mais je ne saurais trop l’expliquer.

Sherif Elhage, Black

Sherif Elhage, Black

Comment travaillez-vous ? Dans vos photos, vous utilisez souvent la méthode de la pose longue.

Je travaille comme je le sens et je pense qu'en photographie comme dans la vie, il n'y a aucune règle. La pose est longue quand je le juge nécessaire!! Comme dans la vie aussi…

Pouvez-vous nous parler de vos photos prises de nuit ? Pourrait-on employer l’adjectif « conceptuel » en parlant de vos photographies ?

Je ne sais pas quoi vous répondre… Je ne fais pas que des photos de nuit. Récemment, j’ai fait une exposition avec uniquement des photos de jour surexposées et presque blanches. Le travail de nuit est très différent. J’aime alterner, avoir le choix entre plusieurs possibilités. Concernant le conceptuel, je ne sais pas trop ; oui et non, je laisse les autres dire et penser ce qu’ils veulent de mon travail. Moi je fais ou j’essaye de faire de la photo intelligente, curieuse et honnête.

Sherif Elhage, Black

Que pouvez-vous nous dire sur la définition littérale de la Photographie qui serait « peindre avec la lumière » ?

Tout à fait, j’irai jusqu’à dire jouer aussi avec la lumière. S’amuser avec la lumière, j’adore ça. À défaut d’être peintre au sens classique, je peins avec les ombres, la lumière et la non-lumière. Et ça me va …

Appliquez-vous un ou des traitements à vos photos ?

Non aucun, j’ai une très grande idée de la photographie et je ne vois pas l’intérêt de finaliser des images avec un ordinateur. Tout le processus créatif se passe lors de la prise de vue.

Comment définiriez-vous votre travail ?

Sincère, sans compromis.

Que pensez-vous de la photographie aujourd’hui (nouvelles technologies, tendances, démocratisation de la photo, etc.)

Il y a de plus en plus de photographes et c’est une bonne chose. La barre est de plus en plus haute… Tant mieux.

Si vous deviez choisir un seul de vos clichés, lequel serait-il et pourquoi ?

Ce serait un cliché que je n’ai pas encore réalisé… Il est dans ma tête. Pour moi, la meilleure photo est celle que je ferai demain, ce qui ne veut pas du tout dire que je n’aime pas mon travail actuel. Mais je suis profondément optimiste et je pense que le futur sera toujours plus intéressant…

Qu’aimez-vous dans la photographie ?

J’aime être dans des endroits que je ne connaissais pas, découvrir de nouveaux lieux, donc de nouveaux points de vue. Mais j’aime aussi et surtout revenir sur des lieux que j’ai photographiés, un peu comme un serial killer… Voir du neuf dans des endroits que je connais bien reste sans doute mon plus grand plaisir.

Sherif Elhage, Black

Sherif Elhage, Black

Article par Tania Koller

Correspondances:

Maria Letizia Piantoni
Mathieu Bernard-Reymond