Guillaume Flandre

Je m’appelle Guillaume Flandre, je suis passionné de belles images depuis toujours, et de photographie en particulier. Je vis à Paris mais je ne manque jamais une occasion de voyager un peu partout dans le monde. Pour moi la photographie ne se résume pas à un style, j’aime explorer ses différentes possibilités.


Comment avez-vous découvert la photographie ?

J’ai toujours plus ou moins connu la photographie, et je me rappelle très bien de mes premiers appareils photos compacts argentiques. De formation scientifique, j’ai toujours ressenti le besoin de cultiver mon côté artistique, que ce soit à travers le dessin, la peinture ou la photographie; un besoin de créer des images. Il ne s’agit pas uniquement de création mais également de “consommation” car un de mes passe-temps favori a toujours été de passer des heures à faire défiler devant mes yeux des images qui m’inspirent.

La période clé qui m’a fait me plonger plus avant dans le monde la photographie a, sans aucun doute, été le moment de ma vie où j’ai vécu à New York. Là j’ai eu la chance de rencontrer des photographes talentueux qui m’ont communiqué leur passion et qui m’ont beaucoup appris les différents aspects de cet art. S’en sont suivies des années d’expérimentations avec différents appareils et des milliers de clichés plus ou moins réussis. Et l’apprentissage est loin d’être terminé.

Avec quel matériel travaillez-vous ? Qu’est-ce qui a motivé votre choix ?

J’ai longtemps travaillé avec un reflex d’entrée de gamme (un Canon 450D). Ce qui était au départ un choix purement motivé par une envie de se lancer de façon modeste, est devenu au fur et à mesure de l’affection et un certain confort avec cet appareil que je connaissais si bien que sa manipulation en était presque naturelle.
Je m’en suis séparé il y a quelques temps, les lacunes de l’appareil dans plusieurs domaines, notamment ses piètres performances dans des ISO élevés, devenant un frein à la créativité et une frustration de voir filer devant mes yeux de plus en plus d’images que j’aurai voulu pouvoir capturer.
Je travaille désormais avec un Canon 70D, le meilleur boitier de sa catégorie selon moi. Mon objectif “tout terrain” favori et celui que j’utilise le plus est un Sigma DC 18-50mm f2.8 EX Macro, une perle. Il est à la fois lumineux et bon marché et est autant à l’aise en grand angle qu’en portrait ou en macro. Une versatilité qui en fait un must-have pour m’accompagner facilement pendant mes voyages. Investir dans un appareil plus haut de gamme a évidemment été tentant aux vues des promesses technologiques des boitiers plein formats. Mais j’ai toujours vu l’appareil comme un simple moyen de capture, un moyen de concrétiser une idée, le lien obligatoire entre la réalité et l’image finale imaginée, rien de plus.

C’est également la raison pour laquelle j’utilise énormément mon smartphone (un iPhone). C’est devenu l’appareil que j’utilise au jour le jour, que j’ai toujours sur moi. Je partage d’ailleurs mes photos sur Instagram, et je profite à fond de ce monde de possibilités qu’offre ce type de technologie.

J’utilise également de façon plus occasionnelle deux appareils photos argentiques: un Nikon EM avec un objectif 50mm f1.8, et un moyen format Lomo Lubitel 166 B avec lesquels j’expérimente et je m’amuse beaucoup. Shooter en argentique m’a appris à privilégier le fait de passer du temps à préparer une photo, de bien évaluer les conditions de lumière et l’intérêt du sujet photographié avant de déclencher la prise de vue, par rapport à mitrailler et accumuler les gigaoctets de fichiers photos inutilisables.


Pouvez-vous nous dire quelles sont, vos “références” en matière de photographie ?

Je m’intéresse vraiment à tous les styles de photographie, qu’ils soient ceux que je pratique ou pas. C’est pour ça que me viennent en tête des photographes d’horizons complètements différents comme Cartier-Bresson, David LaChapelle, Steve McCurry, Richard Avedon, Annie Leibovitz, Martin Parr, Inez et Vinoodh ou encore Alexandra Boulat.

Si vous deviez citer un photographe qui vous inspire particulièrement, qui serait-il ?

Elliot Erwitt. Ce que j’adore chez lui, outre la qualité incroyable de ses photos, c’est l’humour qui se dégage de celles-ci. Il existe toujours une petite guerre entre les adeptes de la photo préparée minutieusement, d’une grande qualité esthétique mais ne laissant pas de place au hasard, et ceux de la photographie de rue dont l’essence l’authenticité de l’image capturée. Elliott Erwitt balaye tout ça et propose des images qu’on se contente de contempler sans arrière pensée quant au procédé utilisé.

Qu’aimez-vous dans la photographie ?

Ses possibilités infinies. Presque rien est impossible en photographie, c’est le moyen parfait de pouvoir partager à la fois le contenu de son imagination, mais également d’extraire de la vie quotidienne des images qui sortent de l’ordinaire. J’adore notamment le caractère imprévisible de cette activité. Partir avec mon appareil photo sans avoir aucune idée des images que je récolterai est une sensation que j’aime entretenir.

Pouvez-vous nous présenter votre série « peru » ?

J’essaye de partir le plus souvent en voyage, c’est quelque chose que j’ai très à coeur, une pensée qui me suit constamment.
En septembre dernier je suis parti au Pérou, visiter cette partie de l’Amérique du sud qui me semblait variée aussi bien culturellement que visuellement. J’ai donc attrappé mon sac à dos et mon appareil photo et me suis envolé pour cette partie du monde pendant quelques semaines.
De ce voyage est sortit une quantité de photos plus importante que j’aurais imaginé. Les couleurs et les lumières magnifiques de ce pays m’ont vraiment enchanté et inspiré.
J’ai essayé d’extraire via cette série l’essentiel de mon expérience et faire partager ma vision du Pérou. Un pays qui joue sur deux facettes : la vie agitée de ses villes qui ne sont que des petites oasis au milieu de la place immense qu’occupe une nature grandiose et variée; Ou encore la présence toujours actuelle d’un lointain passé Inca.


Comment et pourquoi avoir choisit ce travail ? Pouvez-vous nous raconter des anecdotes, nous parler des rencontres ?

C’est une série qui me tient à coeur notamment parce qu’elle arrive à condenser, et j’espère à faire partager fidèlement, l’expérience que j’ai eu du Pérou. Sans vouloir paraitre trop cliché, pouvoir résumer tout une idée, ou tout simplement raconter ce qui visuellement m’a marqué, et réussir à le retranscrire dans une photo est quelque chose de clé dans ma démarche photographique. C’est ce que j’ai réussi à faire avec cette série selon moi.
Les rencontres que j’ai pu effectuer font partie de ces “idées” que j’ai voulu faire transparaitre à travers ce travail, qu’il s‘agisse d’autres voyageurs ou de locaux.
Ce n’est pas un hasard si ces policiers ouvrent la série par exemple. Ils ont été mon premier contact avec la population péruvienne. Ils m’ont accueilli dès mon arrivée à Lima en voulant absolument m’aider à explorer les meilleures parties de la ville.

Je repense également à ces treks épuisants, notamment dans le cañon de Colca, le plus profond du monde, effectués en sandales locales faites à base de pneus découpés, suite à l’usure de ma seule paire de chaussure. De longues marches qui m’ont permis d’admirer certains des plus beaux paysages qu’il m’ait été donné de voir.
Je me rappelle aussi de cet avocat éméché rencontré lors d’une soirée dans un bar si caché qu’il n’avait surement jamais vu entrer de touriste. Il n’arrêtait pas de m’offrir de la Chicha, une bière de mais péruvienne au goût très particulier que n’appréciait pas trop mais dont j’ai bu une énorme quantité par excès de politesse.

Il y a également ces enfants du lac titicaca ayant toujours vécu entourés d’eau, ces paysages époustoufflants de la ville de Cusco depuis ses hauteurs, du coucher de soleil sur le lac Titicaca, du Huaynapicchu émergeant des nuages. C’est tous ces moments que j’ai essayé de retranscrire.

Combien de temps vous a t il prit ? Avez-vous de projets d’édition, d’expositions?

En dehors du voyage en lui même, ce travail m’a pris trois semaines supplémentaires de travail de retour à Paris. Un temps passé notamment à trier les centaines de clichés, à les éditer et à les trier de nouveau.Je réfléchit activement aux différentes possibilités d’exposer ces photos, de les partager avec le plus de monde possible sur des supports appropriés, mais rien dont je puisse parler concrètement en ce moment.

Si vous deviez choisir un seul de vos clichés dans cette série, lequel serait-il ? Pourquoi ?

C’est une question très difficile, mais je choisirais sûrement celui-ci :

Ce n’est pas l’image que je trouve la plus réussie techniquement ou même la plus intéressante d’un point vue purement esthétique. Mais c’est une de ces photos qui est prise au meilleur moment possible, presque par chance, à l’instant précis où les rayons du soleil percent les nuages et éclairent cette fille, et avant que d’autres personnes envahissent le champ de l’objectif. Elle représente également cet instant tant attendu du lever du soleil sur le Machu Picchu, du repos mérité après avoir marché longtemps pour atteindre ce point exact, ainsi que ce sentiment d’être à un endroit unique au monde.


Et la suite ? Préparez vous une autre série ?

Je travaille actuellement sur une autre série que j’ai commencé un peu par hasard et que j’aimerais explorer plus en détail. Une sorte d’étude sur le quotidien. Quelque chose que je n’ai pas encore eu l’occasion d’explorer jusqu’à présent. J’ai également plusieurs voyages de planifié, notamment sur le continent africain et asiatique, et desquels j’espère pouvoir tirer des images intéressantes.

Un coup de coeur ou une dernière remarque ?

Quelques mots à propos de ma dernière série, Smoke. J’écrivais plus haut à propos des possibilités infinies de la photographie. Il existe tellement de domaines différents: street photography, photographie de mode, photo reportage, photographie de voyage, photographie d’art, et plein d’autres. Je trouverai ça extrêmement limitant de ne pas se risquer à explorer ces différents pans de la photographie, ou de ne pas explorer différents styles et rendus visuels. C’est pourquoi je n’hésite pas à concrétiser certaines divagations visuelles qui naissent de mon imagination. C’est de là qu’est née cette série. C’est une image que j’avais en tête depuis longtemps. Je voulais explorer l’utilisation en photo de la structure si particulière et du caractère si imprévisible de la fumée, le tout au sein de paysages naturels.

J’ai voulu raconter une histoire mystérieuse, située à la frontière d’un monde que l’on connait, figée dans le temps, assez sombre. Une histoire de nostalgie et de violence rebelle. Une histoire qui ne se révèle que très peu, ne donne que quelques indices, et qui laisse une grosse part de mystère à l’appréciation du spectateur.

Voir les photos de Guillaume Flandre sur son site : http://guillaumeflandre.com/photos/


Correspondances:

Patrick Evesque
Pierre Yameogo