Guillaume Flandre

Date de Publication: 18 décembre 2015

Guillaume Flandre, Pérou

Je m’appelle Guillaume Flandre. Je suis passionné de belles images depuis toujours, et de photographie en particulier. Je vis à Paris mais je ne manque jamais une occasion de voyager un peu partout dans le monde. Pour moi, la photographie ne se résume pas à un style, j’aime explorer ses différentes possibilités.

Comment avez-vous découvert la photographie ?

J’ai toujours plus ou moins connu la photographie et je me souviens très bien de mes premiers appareils photos compacts argentiques. J’ai toujours ressenti le besoin de créer des images. Il ne s’agit pas uniquement de création, mais également de “consommation”, car un de mes passe-temps favoris consiste à faire défiler des heures durant devant mes yeux des images qui m’inspirent. La période clé a sans aucun doute, été le moment de ma vie où j’ai vécu à New York. Là-bas, j’ai eu la chance d'y rencontrer des photographes talentueux qui m’ont communiqué leur passion et appris les différents aspects de cet art. S’en sont suivies des années d’expérimentations avec différents appareils et des milliers de clichés, plus ou moins réussis. Et l’apprentissage est loin d’être terminé.

Avec quel matériel travaillez-vous ? Qu’est-ce qui a motivé votre choix ?

J’ai longtemps travaillé avec un reflex d’entrée de gamme (Canon 450D). Choix au départ motivé par une envie de me lancer de façon modeste, et puis, au fil du temps, sa manipulation en était devenu presque naturelle.
Je m’en suis séparé il y a quelques temps. Je travaille désormais avec un Canon 70D, le meilleur boitier de sa catégorie selon moi. Mon objectif favori et celui que j’utilise le plus est un Sigma DC 18-50mm f2.8 EX Macro, une perle. Il est à la fois lumineux, bon marché et est autant à l’aise en grand angle qu’en portrait ou macro. Investir dans un appareil plus haut de gamme a évidemment été tentant aux vues des promesses technologiques des boitiers plein formats. Mais j’ai toujours vu l’appareil comme un simple moyen de capture, un moyen de concrétiser une idée, le lien obligatoire entre la réalité et l’image finale imaginée, rien de plus.

C’est également la raison pour laquelle j’utilise énormément mon iPhone. C’est devenu l’appareil que j’utilise au jour le jour et que j’ai toujours sur moi. Je partage d’ailleurs mes photos sur Instagram, et je profite à fond de ce monde de possibilités qu’offre ce type de technologie. J’utilise également de façon plus occasionnelle deux appareils photos argentiques: un Nikon EM avec un objectif 50mm f1.8, et un moyen format Lomo Lubitel 166 B, avec lesquels j’expérimente et je m’amuse beaucoup. Shooter en argentique m’a appris à privilégier la préparation, afin de bien évaluer les conditions de lumière et l’intérêt du sujet photographié avant de déclencher la prise de vue, plutôt que mitrailler et accumuler les giga-octets de fichiers photos inutilisables.

Guillaume Flandre, Pérou

Pouvez-vous nous dire quelles sont vos références en matière de photographie ?

Je m’intéresse vraiment à tous les styles de photographie, qu’ils soient ceux que je pratique ou pas. C’est pour ça que me viennent en tête les noms de photographes d’horizons complètements différents comme Cartier-Bresson, David LaChapelle, Steve McCurry, Richard Avedon, Annie Leibovitz, Martin Parr, Inez et Vinoodh ou encore Alexandra Boulat.

Si vous deviez citer un photographe qui vous inspire particulièrement,
qui serait-il ?

Elliot Erwitt.
Ce que j’adore chez lui, outre la qualité incroyable de ses photos, c’est l’humour qui se dégage de celles-ci. Il existe toujours une petite guerre entre les adeptes de la photo préparée minutieusement, d’une grande qualité esthétique mais ne laissant pas de place au hasard, et ceux de la photographie de rue dont l’essence est l’authenticité de l’image capturée. Elliott Erwitt balaye tout ça et propose des images qu’on se contente de regarder sans arrière-pensée quant au procédé utilisé.

Qu’aimez-vous dans la photographie ?

Ses possibilités infinies. Presque rien n'est impossible en photographie, c’est le moyen parfait de pouvoir partager à la fois le contenu de son imagination, mais également d’extraire de la vie quotidienne des images qui sortent de l’ordinaire. J’adore notamment le caractère imprévisible de cette activité. Partir avec mon appareil photo sans avoir aucune idée des images que je récolterai est une sensation que j’aime entretenir.

Pouvez-vous nous présenter votre série « Pérou » ?

J’essaye de partir le plus souvent en voyage, c’est quelque chose que j’ai très à cœur, une pensée qui me suit sans cesse. En septembre dernier, je suis parti au Pérou, visiter cette partie de l’Amérique du sud qui me semblait aussi variée culturellement que visuellement. J’ai donc attrapé mon sac à dos et mon appareil photo et me suis envolé pour cette partie du monde pendant quelques semaines. De ce voyage est sortie une quantité de photos plus importante que je ne l'aurais imaginée. Les couleurs et les lumières magnifiques de ce pays m’ont à la fois enchanté et inspiré. J’ai essayé d’extraire via cette série l’essentiel de mon expérience pour faire partager ma vision du Pérou. Un pays qui joue sur deux facettes : la vie agitée de ses villes, qui ne sont que de petites oasis au milieu de l'espace immense qu’occupe une nature grandiose et variée; mais aussi et encore la présence d’un lointain passé Inca.

Guillaume Flandre, Pérou

Comment et pourquoi avoir choisi ce travail ? Pouvez-vous nous raconter des anecdotes, nous parler des rencontres ?

C’est une série qui me tient à cœur, notamment parce qu’elle arrive à condenser, et j’espère à faire partager fidèlement, l’expérience que j’ai eu du Pérou. Les rencontres que j’ai pu effectuer font partie de ces “idées” que j’ai voulu retranscrire à travers ce travail, qu’il s‘agisse d’autres voyageurs ou de locaux. Ce n’est pas un hasard si ces policiers ouvrent la série par exemple. Ils ont été mon premier contact avec la population péruvienne. Ils m’ont accueilli dès mon arrivée à Lima, voulant absolument m’aider à explorer les meilleures parties de la ville. Je repense également à ces treks épuisants, notamment dans le cañon de Colca, le plus profond du monde, effectués en sandales locales faites à base de pneus découpés, suite à l’usure de ma seule paire de chaussure. De longues marches qui m’ont permis d’admirer certains des plus beaux paysages qu’il m’ait été donné de voir.
Je me rappelle aussi de cet avocat éméché rencontré lors d’une soirée dans un bar si caché qu’il n’avait surement jamais vu entrer de touriste. Il n’arrêtait pas de m’offrir de la Chicha, une bière de maïs péruvienne au goût très particulier que je n’appréciais pas trop, mais dont j’ai bu une énorme quantité par "excès" de politesse.
Il y a également ces enfants du lac Titicaca ayant toujours vécu entourés d’eau, ces paysages époustouflants de la ville de Cusco depuis ses hauteurs, ce coucher de soleil sur le lac, et Huaynapicchu émergeant des nuages. Ce sont tous ces moments que j’ai essayé de retranscrire.

Combien de temps vous a-t-il prit ? Avez-vous de projets d’édition, d’expositions?

En dehors du voyage en lui-même, ce travail m’a pris trois semaines supplémentaires une fois de retour à Paris. Un temps passé notamment à trier les centaines de clichés, à les éditer et les trier de nouveau. Je réfléchis activement aux différentes possibilités d’exposer ces photos, de les partager avec le plus de monde possible sur des supports appropriés, mais rien dont je puisse parler concrètement en ce moment.

Si vous deviez choisir un seul de vos clichés dans cette série, lequel serait-il ? Pourquoi ?

C’est une question très difficile, mais je choisirais sûrement celui-ci :

Guillaume Flandre, Pérou

Ce n’est pas l’image que je trouve la plus réussie techniquement ni même la plus intéressante d’un point vue purement esthétique. Mais c’est une de ces photos qui est prise au meilleur moment possible, presque par chance, à l’instant précis où les rayons du soleil percent les nuages et éclairent cette fille, et avant que d’autres personnes envahissent le champ de l’objectif. Elle représente également cet instant tant attendu du lever du soleil sur le Machu Picchu, du repos mérité après avoir marché longtemps pour atteindre ce point exact, ainsi que ce sentiment d’être à un endroit unique au monde.

Guillaume Flandre, Pérou, Smoke

Et la suite ? Préparez vous une autre série ?

Je travaille actuellement sur une autre série que j’ai commencée un peu par hasard et que j’aimerais explorer plus en détail. Une sorte d’étude sur le quotidien. Quelque chose que je n’ai pas encore eu l’occasion d’explorer jusqu’à présent. J’ai également plusieurs voyages planifiés, notamment sur les continents africain et asiatique, et desquels j’espère pouvoir tirer des images intéressantes.

Un coup de cœur ou une dernière remarque ?

Quelques mots à propos de ma dernière série, Smoke. Je parlais plus haut des possibilités infinies de la photographie, il existe tellement de domaines différents: street photography, photographie de mode, photo reportage, photographie de voyage, photographie d’art, et plein d’autres. Je trouverais cela extrêmement limitant de ne pas se risquer à explorer ces différents pans de la photographie, ou de ne pas explorer différents styles et rendus visuels. C’est pourquoi je n’hésite pas à concrétiser certaines divagations visuelles qui naissent de mon imagination. C’est de là qu’est née cette série. C’est une image que j’avais en tête depuis longtemps. Je voulais explorer l’utilisation en photo de la structure si particulière, et du caractère si imprévisible de la fumée, le tout au sein de paysages naturels.
J’ai voulu raconter une histoire mystérieuse, située à la frontière d’un monde que l’on connait, figée dans le temps, assez sombre. Une histoire de nostalgie et de violence rebelle. Une histoire qui ne se révèle que très peu, ne donne que quelques indices, et qui laisse une grosse part de mystère à l’appréciation du spectateur.

Guillaume Flandre, Pérou, Smoke

Article par Tania Koller

Correspondances:

Patrick Evesque
Dany Leriche & Jean Michel Fickinger