David Arnaud

Dans cet exposez-vous!, David Arnaud présente Gunkanjima qui sera exposé dans le cadre du parcours du mois de la photo off. Un travail intéressant , sensible. Nous vous encourageons à aller voir l’exposition, dépaysement garanti.

Dans cet exposez-vous!, David Arnaud présente Gunkanjima qui sera exposé dans le cadre du parcours du mois de la photo off. Un travail intéressant , sensible. Nous vous encourageons à aller voir l’exposition, dépaysement garanti.

Gunkanjima, est une « île-usine » japonaise située au large de Nagasaki en mer d’Amakusa. L’accès de cette île dont le profil ressemble à celui d‘un navire de guerre, est aujourd’hui interdit. Le photographe David ARNAUD a pu obtenir une autorisation spéciale pour effectuer un reportage photo inédit au cœur de ce désert industriel. Autrefois, cette étendue de terre portait une ville entière et son usine. Au plus fort de son activité, elle possédait la densité de population la plus élevée au monde. Depuis, elle a été abandonnée, livrant ses habitations et ses reliques au vent et à l’écume. Elle est devenue une haikyo « ?? » (ruine). Cette terre est une obsession pour certains, un but ultime pour d’autres. Elle ne laisse jamais indifférent. Elle fascine. De mémoire d’homme, ses hôtes du siècle passé y vivaient heureux…

Vernissage le 09 novembre à partir de 18 heures puis soirée de clôture avec en invité spécial le groupe Tristesse Contemporaine. projection le 20 novembre au soir. « Gunkanjima Requiem » avec le soutien de l’Espace Japon, la ville de Nagasaki, Clair Paris et l’ambassade du Japon.

Pour voir plus d’images: Consultez la page picassa de David Arnaud


Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Nom : Arnaud
Prénom : David
Pseudonyme : Nyobe
Activité : Passeur d’images.
L ‘expression passeur d’images illustre l’activité consistant à rapporter des photos de mes voyages pour les faire partager.

Depuis quand pratiquez-vous la photographie ?

J’ai commencé à pratiquer la photographie en 2002.

Comment avez-vous découvert la photographie ? Quand ?

Deux amis à moi sont partis faire le tour du monde. C’était au moment du bicentenaire de la mort de Jules Verne. Ils voulaient suivre les traces de Phileas Fog et refaire le tour du monde en 80 jours en figeant leur odyssée via un reportage photographique. Ce concept m’a séduit : partir à la découverte d’autres cultures, d’autres pays pour ensuite les faire découvrir autour de soi. Petit à petit j’ai voulu moi aussi saisir l’instant et le partager.

Avec quel type de matériel avez-vous débuté ?

J’ai débuté avec un Pentax K10D.Rapidement, je me suis tourné vers les focales fixes. Un voyage à New York et je suis revenu avec le fameux 31 mm f1,8 Limited de chez Pentax. La focale fixe oblige le photographe à penser la photo autrement, à se déplacer, à chercher un angle de vue différent. Le zoom au contraire permet de saisir plusieurs photos sans bouger de son emplacement et à différentes distances.De même, ce type de focale permet d’obtenir des images plus piquées et de prendre des photos sans flash dans des conditions difficiles où l’éclairage fait défaut. La focale fixe permet aussi d’accéder à des grandes ouvertures et de goûter à la composition avec le bokeh (zone de floue causée par une profondeur de champ limitée). J’ai eu beaucoup de mal à quitter cet appareil et cet objectif pour mon appareil actuel : un Nikon D300.


Quelques anecdotes sur les étapes de votre apprentissage ?

Rapidement j’ai décidé de participer à différents concours de photographie. J’ai alors remporté plusieurs prix. Mon appareil actuel comme mon trépied en font partie. Mon appareil était une des dotations d’un concours sur le thème de « qui êtes vous ? » . J’avais proposé une série de 3 photos prises de nuit où mon visage était caché dans la pénombre. En somme, je ne répondais pas à la question du concours, mes tirages s’en faisaient l’écho. Dans le même temps, j’ai posté certains de mes clichés dans des communautés comme deviantart, où sur des forums comme celui du forum du routard. J’ai été contacté par la Maison du Japon pour pour illustrer leurs brochures de voyage.

Pouvez-vous nous dire quelles sont, vos “références” en matière de photographie ?

J’aime tout ce qui a trait à la photographie contemporaine et plus particulièrement ce qui concerne la photographie d’exploration. Je fréquente souvent les librairies spécialisées de Paris comme Artazart pour défricher les dernières tendances.

Si vous deviez citer UN photographe qui vous inspire particulièrement, qui serait-il ?

J’en ai plusieurs mais celui qui me vient tout de suite à l’esprit est Michael Kenna. Ses photos procurent une sensation de calme à travers des poses longues éternelles sublimant la mer ou la neige. Je vous conseille son ouvrage sur le pays du soleil levant : Japan.


Avec quel matériel travaillez-vous ? Qu’est-ce qui a motivé votre choix ?

Je travaille avec un réflex numérique Nikon D300, une focale fixe pour les conditions extrêmes et un zoom pour les reportages. De temps en temps, je m’essaye à l’argentique : Mamiya 7 et même le sténopé.

Lorsque je pars en voyage, le zoom permet d’éviter de transporter trop de focales fixes différentes. Les lieux visités sont parfois difficiles d’accès et nécessitent d’être mobiles.Pour le trépied, j’ai parfois recours à un mini pied mais le résultat n’est pas toujours satisfaisant. Mon équipement est lourd et la stabilisation n’est pas au rendez-vous. J’utilise aussi des filtres photo : un polarisant pour dramatiser les photos prises par temps de nuage et des filtres à densité neutre pour augmenter et jouer sur les temps de pose.

Quel(s) type(s) de photos réalisez-vous ? Une raison particulière à cela ?

Je réalise des photos de friches et des photos nocturnes.Les premières permettent d’avoir un rapport spécial à la matière : la rouille, les débris, la moisissure, l’oxydation, autant de matière ou de substance portant des couleurs vives et qui racontent une histoire. Une histoire passée de l’objet ou de la batisse à laquelle elles ont appartenu et une histoire actuelle marquée par l’usure du temps et dont l’anarchie dans laquelle elles progressent permet de laisser libre court à l’imagination du public.Pour les photos nocturnes, elles sont éprouvantes mais procurent une satisfaction et une attraction décuplées. Eprouvante car elles nécessitent de sortir souvent très tard et suscitent parfois des moments d’attente très longs.

Une satisfaction et une attraction, car elles permettent de jouer avec les lumières artificielles de la nuit, de visiter des lieux qui la nuit tombée prennent une tout autre allure vidée de leur activité diurne. La nuit fascine, la nuit stimule.

Comment choisissez-vous vos destinations ? Comment s’organise ce genre de voyage ?

Je choisis mes destinations par passion. Je n’ai pas de préférence : les requins baleine de Nosy Be, les dernières neiges du Kilimandjaro, le Freedom Tunnel de New York ou l’île phantôme de Gunkanjima me procurent une sensation de contemplation sans cesse renouvelée.
Ce genre de voyage nécessite un investissement personnel avant le départ. Je me procure très souvent plusieurs guides sur la pays visité (je dois en avoir une dizaine pour le Japon) parfois même en langue originale. Ensuite par recoupement je repère les endroits qui reviennent le plus souvent et ensuite je fais mon choix. Pour sortir des sentiers battus, je prends des repères sur une carte sur internet que je pourrais ensuite consulter sur place. Je scrute les photos satellites, je lis les récits des anciens voyageurs, j’échange sur les forums spécialisés. Je regarde même certaines vidéos de particulier. Ainsi pour retrouver l’entrée du Freedom Tunnel à New York, j’ai visionné la vidéo d’un homme qui voulait demander la main de sa femme dans ce tunnel. Il a filmé le chemin jusqu’à l’entrée du tunnel en partant depuis Harlem. De là, grâce à un recoupement satellite, j’ai pu trouver, non sans mal, l’entrée convoitée !


Une fois là-bas, que faites-vous ? Comment se déroule votre « séjour” ?

Je vais au devant des habitants pour leur demander des conseils. Quel n’est pas leur étonnement quand je leur demande que je préfère visiter une friche plutôt que le musée de la ville.

Qu’est-ce pour vous l’essence d’un reportage Photo?

Un reportage photo n’a pas besoin d’être retouché ou retravaillé. La photo doit se suffire à elle même sans artifice et sans manipulation. Le reportage photo permet de témoigner, de raconter une histoire, laisser une trace mais surtout éviter d’oublier. Tout cela doit se faire dans le respect des gens et des lieux.

Appliquez-vous un ou des traitements à vos photos ? Si oui, lesquels ?

C’est un ami qui m’a fait connaître votre site. Il ma dit que je pourrais trouver des filtres avec des effets intéressants comme le Lomo ou le Holga. Ces approches photographiques comme le sténopé m’intéressent. C’est grâce à un de ses filtres que j’ai réalisé la photo de ma prochaine exposition sur l’île de Gunkanjima qui se tiendra du 09 novembre au 27 novembre à l’Espace Japon. Lorsque je n’utilise pas de filtres spécifiques, les seuls traitements utilisés sont ceux qui concernent la luminosité. Tout dépend du sujet.

Comment définiriez-vous votre travail ?

Mon travail est un partage. Il procède d’une approche qui peut s’apparenter à de la maieutique. Une vue va attirer mon regard, me hanter. Je vais devoir la saisir pour la figer et ensuite la traduire sur le papier.


Si vous deviez choisir un seul de vos clichés, lequel serait-il ? Pourquoi ?

Si je devais retenir un seul de mes clichés, cela serait un portrait de mon fils.?C’est une photo personnelle et le portrait est un style de photo que je pratique assez peu. A ce titre, elle se distingue de mon travail habituel. L’expression de son visage m’a marqué. A quoi pensait il au moment du déclenchement ? Quels étaient ses sentiments ? La curiosité, la crainte, la peur ? Tous à la fois ? Rien de tout cela ? Je vous laisse répondre.

Qu’aimez-vous dans la photographie ? Quels sont vos petits plaisirs ?

Avant de vous parler de plaisir, je vais vous parler de hantise. Ma hantise est de ne pas avoir mon appareil lorsqu’une photo se présente. D’expérience, j’ai appris qu’il n’était pas possible de prendre deux fois la même photo. Il y a beaucoup de paramètres mais aussi un facteur chance.

La photographie me procure du plaisir à plusieurs titres. Elle me permet de faire des rencontres, elle s’apparente très souvent à une chasse. Je me réjouis lorsqu’une personne ressent quelque chose en regardant un de mes clichés. Mon plaisir est celui des autres.

Merci à Arnaud David pour cette interview !

Pour voir plus d’images: Consultez la page picassa de David Arnaud


Correspondances:

Jane Heller
Christophe Boëte