Romain Philippon


Romain Philippon nous présente son travail sur le sommeil et les dormeurs du monde entier …

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis photographe auteur et réalisateur indépendant. Je vis et travaille sur l’île de la Réunion, mais je suis amené à voyager pour des commandes ou des projets personnels. J’ai 30 ans.

Depuis quand pratiquez-vous la photographie ?

Depuis une quinzaine d’années de manière amateur. Depuis 3 ans de manière professionnelle.

Comment avez-vous découvert la photographie ?

Avec l’appareil abandonné de mon père, adolescent. Et puis grâce à internet, à des livres, j’ai développé ma culture photo petit à petit.

Avec quel matériel travaillez-vous ?

Je n’ai pas de matériel fétiche, au contraire, j’aime bien changer. Tout dépend du projet ou du sujet. La plupart du temps, je travaille avec des boitiers Nikon en numérique, un Pentax en argentique, et parfois avec un Rolleiflex, un boitier que j’aime bien manipuler. Le choix dépend du temps que j’ai à réaliser un projet, du budget bien sur, et plus souvent de mon humeur à utiliser tel ou tel support.

Pouvez-vous nous dire quelles sont, vos “références” en matière de photographie ?

Mes références sont nombreuses, mais j’essaie de ne pas trop me laisser influencer, c’est la difficile tâche du photographe actuel. Je suis plutôt inspiré par la vieille école (Cartier-Bresson, Erwitt, Koudelka…) mais je suis bien sur la jeune photographie. En ce moment, je ne me lasse pas de regarder le travail de Joakim Eskildsen.

Qu’aimez-vous dans la photographie ?

Surprendre, me surprendre aussi. J’aime bien prendre la photo à laquelle je ne m’attendais pas. La scène qui se présente à vous tout doucement, où tout se met en place, et vous n’avez qu’à déclencher. J’aime le hasard des choses et des rencontres.

Nous avons découvert votre projet sur les dormeurs, pouvez nous présenter le projet ?

C’est un projet au long cours que j’ai commencé il y a quelques années, en voyageant. J’ai commencé à collectionner des photos de dormeurs sans trop savoir pourquoi, et puis c’est devenu une petite obsession amusante.
A l’heure actuelle, je continue ce travail.

Comment le sujet s’est imposé à vous? Pourquoi avez vous choisi les dormeurs ?

Le sujet ne s’est pas imposé, mais il m’a intrigué. Dans certains pays, les gens peuvent dormir n’importe où, chose que l’on ne ferait pas en France par exemple. J’ai donc trouvé cela intéressant, que ce soit socialement ou visuellement. Cela raconte beaucoup de choses finalement, sur la condition de l’homme en général, et l’épuisement lié à la vie moderne. Et puis j’aimais bien ces notions un peu invisibles, métaphoriques ou poétiques, que représente le sommeil, et l’interprétation multiple que tout le monde peut en avoir.

Quelle est votre « technique d’approche » ?

Je procède très simplement, je sors mon appareil, je m’approche sur la pointe des pieds de mon sujet, j’arrête de respirer, je déclenche, et la plupart du temps je souris puisque la personne se réveille à ce moment là !

Comment se sont passées vos rencontres pour ce sujet ? Y a t-il une interaction avec eux une fois qu’ils sont éveillés ? Comment vivent-ils le fait d’être photographiés pendant leur sommeil ?

Comme je le disais, la plupart du temps, les gens se réveillent, et hélas pour moi, juste avant que je les prenne en photo. Une sorte d’instinct certainement… Une fois réveillé, je n’ai toujours eu que des réactions positives, comme un enfant pris en flagrant délit. Quand à ceux que je n’ai pas réveillé, je pense qu’ils l’ont bien vécu, puisque je ne les ai pas réveillé !

Si vous deviez choisir un seul de vos clichés, lequel serait-il ?

C’est impossible, ou alors je devrais dire, comme tous les photographes philosophes : « c’est le cliché que je n’ai pas encore fait que je choisis de retenir ». ça en jetterait pas mal si j’avais répondu ça directement.

Votre travail a t il été exposé ou édité ?

Mon travail sur les dormeurs a été exposé à la maison des métallos à Paris, lors d’une exposition collective organisée par Corbis. Je suis actuellement à la recherche d’un éditeur sérieux pour ce projet.

Quels sont vos projets ? Vos prochains sujets ?

Cette année j’ai une multitude projets que j’aimerais voir aboutir, dont plusieurs ici à la Réunion, que j’aimerais collectifs. Les thématiques resteront les mêmes : l’humain ! J’ai également débuté un atelier photo dans un lycée, afin d’essayer de réaliser un portrait de la jeunesse lycéenne à la Réunion, mais par eux-même. Au niveau national, j’ai débuté l’aventure collective du projet 26 qui tente de réaliser un portrait du pays à travers chaque région. J’ai aussi un projet de film documentaire en cours dans les caraïbes, qui prendra du temps à terminer…


A voir :
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Tania Koller